Esquisse historique de Paul BRANDON

 

Copie du livre écrit en 1932 par Monsieur Paul BRANDON -instituteur et secrétaire de mairie à Montmorency-Beaufort-
Ce livre fut vendu au profit de la coopérative scolaire

 

 


Esquisse historique

sur
MONTMORENCY BEAUFORT
(anciennement Beaufort)
Aube

 


SOMMAIRE

1. Références
2. Esquisse historique
3. Des origines à la guerre de 100 ans
4. La Guerre de 100 ans
5. De Louis XI à la Révolution
6. La Révolution
7. L'empire et la Restauration
8. Le second Empire
9. La troisième République
10. L'école
11. La Voire
12. Appendice
12.1. Liste des prêtres qui ont exercé à Montmorency
12.2. Liste des anciens maires depuis la création de la municipalité
12.3. Redevances Payées au Moyen-Age au seigneur de Beaufort
12.4. Transaction entre M . le Duc de Nivernais et les habitants et manants de Beaufort, Lentilles, Villeret, Morcey, Hamtel et Surmont (21 AOUT 1556)
12.5. Personnages célèbres nés ou ayant habité Montmorency de 1657 à 1793.

 

1. Références

Abbé GEORGE : Les comtes de Rosnay

Léon PIGEOTTE : Les anciens seigneurs de Beaufort

A BARDET : L'hospice de Brienne (1903)

BOUTIOT : Histoire de la ville de Troyes
L'Arcisien (année 1864)
Almanach de Champagne et de Brie

Lucien MOREL : Notes statistiques sur les désastres éprouvés par la Champagne méridionale, de 1638 à1657

Alphonse ROSEROT : Rôle des fiefs du bailliage de Chaumont

Abbé A. PREVOST : Les redevances seigneuriales au Moyen-âge dans le comté de Rosnay

DERISSON :Une transaction entre le Duc de Nivernais et la commune d'Hampigny (1556)

Archives de l'Aube

Archives communales et du syndicat de la Voire

Registres de l'état civil et des délibérations

 

Le but de cette monographie n'est pas d'apporter des faits nouveaux sur l'histoire du Moyen-âge de Beaufort, que des historiens de talents comme l'abbé George, Pigeotte, A Bardet, Boutiot, A. Babeau, etc., ont rapportés dans différents ouvrages, mais de résumer tous ces faits, d'y ajouter des renseignements puisés aux archives de l'Aube et aux archives communales, de les présenter dans l'ordre chronologique et de s'efforcer de rattacher l'histoire locale de Montmorency à l'histoire générale de la France.
Notre but sera atteint si ce modeste travail peut intéresser les habitants de Montmorency et des environs et faire revivre quelques épisodes de la vie passée.


P.B

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2. Esquisse historique

sur

MONTMORENCY BEAUFORT

(anciennement Beaufort)


Montmorency-Beaufort (autrefois Beaufort) se trouve à une cinquantaine de kilomètres de Troyes et à 30 kilomètres de Bar-sur-Aube. Dès 1790, a fait partie du district de Bar-sur-Aube; chef-lieu de canton (arrêté du 29 janvier 1790), canton de Rosnay (arrêté du 29 novembre 1790), canton de Brienne (arrêté du 27 fructidor an IX), arrondissement d'Arcis, canton de Chavanges (loi du 22 mai 1840), arrondissement de Bar-sur-Aube, canton de Chavanges (1926).
Au point de vue géologique , il est à la limite de la Champagne humide et de la Champagne crayeuse.
Altitude : 125 mètres.
Population : 203 habitants (recensement de 1931).
Superficie : 938 hectares.
Le voyageur qui vient de Troyes est étonné de remarquer qu'au-dessus du village se dresse une immense butte de plus de deux hectares de superficie, et élevée d'une trentaine de mètres, qui semble écraser le village d'une puissance aujourd'hui disparue. Si ce voyageur cherche à se renseigner, l'habitant ne manquera pas de lui dire qu'en ce lieu se dressait, autrefois, un château fort qui eut une certaine célébrité au Moyen-âge.
C'est pourquoi, attire par cette vie active qui régna jadis à Montmorency, nous allons essayer de faire revivre les souvenirs de notre modeste village.
Avant 1689, Montmorency s'appelait Beaufort, et c'est surtout de Beaufort que nous allons parler, car dans notre vieille province de Champagne la châtellenie de Beaufort a été d'une importance incontestable.

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3. Des origines à la guerre de 100 ans


Beaufort (Belfortis, Bellumforte) semble dater de l'époque carolingienne, mais à cette époque nous n'avons pu retrouver un fait précis qui le mentionne.
Ce n'est qu'au XI° siècle que de nombreuses chartes de libéralités, faites par les seigneurs de Beaufort à l'abbaye de la Chapelle aux Planches(1), précisent l'histoire de Beaufort à cette époque.
Le premier document concernant la châtellenie de Beaufort est une charte de donation qui date de 1060 environ(2). La châtellenie de Beaufort appartenait à Hugues Bardoul Ier seigneur de Broyes et de Beaufort. A sa mort, vers 1080, Beaufort est lègué à son petit-fils Hugues Bardoul II.
Puis le fils de ce dernier, Simon Ier , qui épousa Agnès de Ramerupt, eut de ce mariage un seul enfant, une fille, Félicité, qui, vers 1189, se maria avec Hugues, Comte de Rethel, et ainsi la chatellenie de Beaufort devient propriété des comtes de Rethel.
Beaufort se trouva successivement appartenir aux comtes de Rethel : Jean, Gaucher, Manassès, Jean de Thourotte, Manassès IV, qui vendit la seigneurie.
Le comte de Rosnay, qui devait devenir Henry III, comte de Champagne et roi de Navarre, avait épousé, en 1269 , la nièce du roi Saint-Louis, Blanche d'Artois. Blanche avait apporté en dot 25.000 livres tournois sous condition de faire emploi d'une partie de cette somme en immeubles. Ce fut alors que Blanche d'Artois acheta, en juin 1270, a Manassès IV, comte de Rethel, la seigneurie de Beaufort, moyennant 7.000 livres tournois (3 à 4 millions de notre monnaie actuelle).
Mais Henry III, comte de Champagne, meurt en 1274, et Blanche d'Artois se remarie vers 1276 avec Edmond d'Angleterre, comte de Lancastre, de Chester, de Derby et de Leicester. Et ainsi les comtes de Lancastre deviennent seigneurs de Beaufort.
Vers cette époque, les seigneurs de Beaufort avaient fondé, dans leur château même, un Chapitre sous le titre de Saint Thomas de Cantorberie, en souvenir de saint Thomas Becket qui, de l'abbaye de Pontigny, vient, en 1165, consacrer l'église inférieure de Rosnay. Ce chapitre était composé, à l'origine, d'un doyen et de deux chanoines à la collation du seigneur du lieu. Dans la suite, il fut réduit à un chapelain et, plus tard, le curé jouit seul de trois bénéfices à la charge de douze messes basses annuelles et d'une messe solennelle le jour de Saint-Thomas. Il paraît que les cloches du chapitre étaient placées au sommet de la grosse tour du château.

(1) L'abbaye de la Chapelle aux Planches, de l'Ordre de Premontré, était située sur les bords de l'étang de la Horre, commune de Puellemontier (Haute-Marne).
(2)Par cette charte, Bardoul Ier donnait à l'abbaye de Montier en Der un terrain situé près du château de Beaufort, pour la construction d'une église.

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4. La Guerre de 100 ans


Pendant plus d'un siècle (de 1346 à 1453), notre pays va être dévasté par les invasions anglaises. Le royaume est dans une situation lamentable et le peuple ne fut peut-être jamais aussi malheureux qu'à cette époque.
Beaufort devait prendre, pendant cette période de troubles et de misère, une place importante.
" Jehan, fils du noble roy d"Angleterre, duc de Lanquastre, comte de Richemont, de Derby, de Nicol et de Leicester, seigneur de Beaufort " occupa le château de Beaufort et de sa liaison avec Catherine Roël, veuve d'un chevalier anglais, naquirent quatre enfants :
1° Jean de Beaufort, chef de la branche des ducs de Sommerset actuels ;
2° Le Cardinal Henry de Beaufort, évêque de Lincoln, décédé en 1477 ;
3° Thomas de Beaufort duc d'Excester ;
4° Jeanne de Beaufort.

Nous devons mentionner que le second fils de Jean de Gant, le cardinal Henry de Beaufort, fut un des juges qui condamna Jeanne d'Arc à la peine de mort.
Au XIV° siècle, les possessions anglaises, dans notre France, étaient arrivées à représenter ce que sont actuellement nos colonies, et Beaufort était devenu propriété anglaise, au milieu de la province de Champagne.
C'est par Beaufort et Rosnay que les Anglais pénétrèrent en Champagne.
En 1358, la Champagne était parcourue en tous sens par ces gens de guerre dont le repaire était Beaufort.
Messire Pierre Dudley ou d'Audelée, redoutable capitaine anglais, était réfugié au château de Beaufort avec une forte garnison et repoussait toutes les attaques dirigées contre lui. On retrouve que la ville de Troyes paya 369 livres 12 deniers pour " prix de plusieurs manteaux, eschelles, et autres engins de guerre " préparés et achetés pour aller assiéger le château de Beaufort (1359).
Faisant d'audacieuses randonnées dans toute la région, les troupes de Pierre Dudley pillèrent, un dimanche de 1358, l'église de Rosnay et, en 1359, entreprirent une randonnée contre Châlons-sur-Marne, qu'ils faillirent surprendre.
Toutes les attaques contre Beaufort n'eurent aucun succès, sinon de ravager le pays environnant et d'occasionner la plus effroyable misère.
C'est, qu'en effet, le château de Beaufort dominant la vaste plaine de Brienne, défendu au nord et à l'ouest par des fossés profonds de 12 mètres, était, à cette époque, imprenable.
La construction, qui datait du XI° siècle, était massive et imposante. La grosse tour avait 40 mètres de circonférence extérieure avec une élévation de 27 mètres, non compris la toiture. L'épaisseur des murs était de 3 mètres. Elle communiquait au dehors, lorsque le château était assiégé, par des souterrains taillés à même dans la craie, et qui débouchaient soit dans des maisons particulières, soit en rase campagne. Aujourd'hui encore, on retrouve trace de ces souterrains, mais dans lesquels personne n'a osé s'aventurer.
Indépendamment de cette grosse tour, le château en possédait encore plusieurs autres, moins considérables (en 1764, les ruines s'élevaient encore à 14 mètres).
Il existait, en outre, tout au sommet de la côte la plus proche, une tourelle au haut de laquelle une sentinelle veillait nuit et jour.
Ce ne fut donc qu'une dizaine d'années après, en 1369, que le château fut livré, par trahison, au roi de France.
A cette époque, le duc de Lancastre, Jean de Gand, tenait encore le château de Beaufort et il y avait placé en qualité de capitaine, un écuyer anglais, Jacques Win, connu sous le nom de " Poursuivant d'Amour ".
Froissard dit, en parlant de lui : " il avoit si enamoure le royaume de France qu'il se trouva françois, jura loyauté et foi à tenir de ce jour comme bon françois, au roi de France ".
Et, en 1369, lorsque la guerre recommença entre le roi d'Angleterre et le roi de France par amour pour le pays qu'il habitait (et aussi peut-être par haine envers les rois anglais) le " Poursuivant d'amour " prit parti pour Charles V.
Le château de Beaufort et toute la seigneurie fit partie désormais du domaine royal et devint le moyen de récompenser les grands services rendus à la couronne
Le roi de France laissa à Jacques Win la garde du château de Beaufort, l'un des mieux fortifiés de la province.
Charles V disposa donc de la châtellenie de Beaufort et la donna à Jean II, comte de Tancarville, son chambellan.
Charles VI, son fils, par lettres patentes en date du 16 mars 1380, la donna au duc de Bourgogne, Philippe le Hardi.
Ce dernier, en 1397, taxa Beaufort 2.000 livres (300.00 francs environ de notre monnaie), pour concourir à fournir la rançon demandée pour le rachat de son fils ainé, Jean, comte de Nevers, fait prisonnier par les Hongrois (28 septembre 1396).
Ensuite la châtellenie de Beaufort passa à Charles III, roi de Navarre et duc de Nemours (1404), puis à Jacques d'Armagnac.

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5. De Louis XI à la Révolution


Coupable de trahison, Jacques d'Armagnac fut condamné à mort par Louis XI (4 avril 1477) et la châtellenie de Beaufort redevint domaine royal.
Le 17 juillet 1479, Louis XI fit don en viager, à Thierry III de Lenoncourt, du comté de Beaufort, Larzicourt, Soulaines.
En 1504, le roi de France, Louis XII, donna Beaufort à son neveu, Gaston de Foix. La seigneurie de Beaufort resta à la famille des Foix jusqu'en 1553. Ensuite, elle passa à François I° de Clèves, duc de Nivernais, comte d'Eu, qui, en août 1556, par une transaction entre Beaufort, Hampigny, Lentilles, Villeret, Longeville et lui, fit don, aux habitants de ces communes, des prairies du Ham et d'une carrière sise à Beaufort.
Les guerres de religion eurent leurs répercussions dans le village de Beaufort. Les deux partis, catholiques et protestants, furent aux prises. Le château-fort fut en partie démoli et les nombreuses traces de projectiles que l'on remarque encore aujourd'hui sur les murs de l'église, attestent à la fois, la violence de l'attaque et l'énergie de la défense.
Le 6 juillet 1597, la duchesse de Guise, descendante de la maison de Foix, vendit le comté de Beaufort et toutes ses dépendances à Gabrielle d'Estrèe, maîtresse de Henry IV.
Aussitôt cette acquisition, Henry IV réunit le comté de Beaufort à la baronnie de Jaucourt et les érigea en duché-pairie en faveur du duc de Vendôme, son fils naturel, né de Gabrielle d'Estrée.
César, duc de Vendôme et de Beaufort, eut deux fils et, à sa mort, en 1665, son fils François duc de Beaufort - le célèbre roi des Halles - devint le propriétaire de Beaufort jusqu'en 1669.
De 1638 à 1657, la Champagne est desolée pendant près de vingt ans par des bandes de soldats ne commettant qu'actes de brigandages .
Les troupes de Turenne et du maréchal de La Ferté ravagent Beaufort. Le curé de Beaufort, nommé Lemoyne atteste, dans un rapport qu'il envoie à ses supérieurs, que les Lorrains ont pillé et ravagé deux fois sa paroisse, où ils ont tué une douzaine de personnes : que lui-même s'est enfui dans les bois, ou il est demeuré six semaines.
Mais François de Beaufort, ruiné par ses excès, ne laisse que des dettes à sa famille et, par contrat en date du 18 mars 1688, son héritier, le duc de Vendôme, vendit à Charles de Montmorency-Luxembourg le duché-prairie de Beaufort, comprenant Beaufort, Soulaines, Larzicourt et Jaucourt, moyennant 460.000 livres
Par lettres patentes d'octobre 1689, Louis XIV décida que, désormais, Beaufort serait appelé Montmorency. Le duché de Montmorency forma alors un bailliage dépendant, pour les appels de Paris, pour les cas royaux de Chaumont.
De Louis XIV à la Révolution, l'histoire a perdu trace de faits saillants.
Pourtant nous tenons à dire que le terrible hiver de 1709, qui achevait de ruiner la France déjà si éprouvée par les guerres de Louis XIV, fit aussi de terribles ravages à Montmorency : 61 personnes meurent, dont 40 enfants de moins de 7 ans, au cours de cet hiver rigoureux.
Nous citerons aussi ces deux mentions, inscrites sur les registres de l'état civil par le curé Mony, prêtre de Montmorency, et qui font état de deux années exceptionnelles au cours de ce XVIII° siècle.
1° " L'an mil sept cent quatre vingt un, on a mangé du pain de seigle le 13 juin et le 14 on a commencé la moisson partout.
On a dit et célébré la messe le 15 juillet avec du vin nouveau et on a vendangé les jardins de la paroisse le 7 septembre et les autres vendanges se sont faites le 18, avec une abondance sans pareille. Un jardin de 3 denrées a produit 20 muids de vin. Les vignes du pays ont produit 4 muids la denrée. Il faut observer que depuis le 27 février jusqu'à la Saint Jean, il n'y a point eu de pluie, ce qui a rendu l'année si sèche que les avoines et les orges ont manqué et à Noël les sources des puits et fontaines n'étaient pas remplies. Il y a rareté de fourrage .
Requiescat in pace. signé : Mony, curé "
La deuxième note et ainsi conçue :
" L'an mil sept cent quatre-vingt huit, la gelée de cette année a commencé à la fête de tous les saints et a duré jusqu'à celle des rois, pareille à l'année 1709. Cherté du grain de toute espèce et rareté des eaux. Heureusement les moulins à vent qui ont absolument remplacé ceux à eaux ne pouvant tourner à cause des glaces qui étaient de plus de 4 pieds ½ d'épaisseur... Il y a eu des charités considérables dans toutes les villes pour soulager les malheureux, et nombre, malgré cela, sont morts tant de froid que de nécessité. Le dégel est venu cependant pour faire beaucoup de ravages et les blés qui n'étaient pas levés ont commencé à paraître, ce qui a réjoui les cultivateurs.
Deus Astra regit : signé Mony, curé. "
Avant la Révolution, Montmorency possédait une maladrerie de fondation royale, et un grenier à sel, construit avec les débris de l'ancien château. A ce grenier, les habitants de 99 communes venaient faire leur provision de sel.
Nous insisterons plus longuement sur la maladrerie, dont les biens procurent encore aujourd'hui 165 francs de revenus à la commune.
C'est M. Alfred Bardet, dans son ouvrage : " L'Hopital de Brienne ", qui en fait mention.
La maladrerie de Beaufort, de fondation royale à la nomination du grand aumônier de France, était une maison religieuse où les personnes atteintes de la lèpre (maladie très répandue autrefois) étaient tenues de rester. Le lépreux ne devait ni manger, ni boire, en dehors de la maladrerie, un costume particulier le signalait aux passants pour les écarter de son voisinage, jugé dangereux.
La maladrerie de Beaufort possédait des biens ; mais, par deux arrêts du conseil royal rendus les 7 septembre 1693 et 4 janvier 1695, la maladrerie de Beaufort fut incorporée à l'Hôpital de Brienne, à condition que cet hôpital reçoive les malades pauvres de Beaufort en proportion des revenus de l'ancienne maladrerie.
" Ce droit rarement exercé était tombé, dit M. Alfred Bardet, dans une si profonde désuétude en 1826, que quelques vieillards seuls en connaissaient l'existence. Le maire de cette époque, M. Bonnescuelle-Duplessy, guidé par leurs vagues souvenirs, fit d'actives et utiles démarches pour le faire revivre. Ignorant l'origine de ce droit si précieux pour les pauvres de sa commune, il invoquait une prétendue donation faite à l'hospice de Brienne par une dame Navelet, morte à Rosnay en 1725, qui aurait fondé deux lits au profit des pauvres de Montmorency. Le titre de cette donation ne pouvait être énoncé faute de renseignements, ni produit, se trouvant, disait-on, perdu depuis longtemps. "
" Les commissaires administrateurs de l'hôpital de Brienne, mieux renseignés par leurs archives, reconnurent l'origine exacte du droit réclamé, mais non sous la forme de deux lits dotés par une fondation particulière. "
Ils consentirent, en 1827, à accorder aux bénéficiaires les secours hospitaliers jusqu'à concurrence du revenu des biens de l'ancienne maladrerie(3) de Beaufort, mais avec déduction d'une part proportionnelle dans les charges générales de l'hôpital.
Un accord intervint donc, le 21 avril 1831, entre l'hospice de Brienne et la commune de Montmorency. Depuis cette époque, en vertu de cet arrangement, l'hôpital de Brienne ne reçoit plus les pauvres de Montmorency, mais verse, à la commune, le tiers du revenu des biens qu'il possède.

(3) Ces biens comprennent plus de 8 hectares de terres, près et bois, sur les territoires de Montmorency et de Lentilles.

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6. La Révolution


1789. Grand mouvement du peuple des villes pour sa libération. Mais les paysans secouent à leur tour le joug séculaire des privilégiés. Montmorency participe modestement à la lutte révolutionnaire. Partout les esprits sont excites contre les nobles; le duc de Montmorency le comprit si bien que, dès juillet 1789, après la prise de la Bastille, il s'employa, par ses dons, à se faire aimer des citoyens qui avaient été pendant si longtemps ses sujets :
et le " très haut, très puissant et très illustre seigneur, Monseigneur Anne-Léon de Montmorency, premier baron chrétien, et premier baron de France, chef des noms et armes de la maison, prince souverain d'Aigremont, maréchal des camps et armées du roy, cousin de feu Monseigneur le Dauphin, connétable de Normandie ", faisait savoir, le 22 juillet 1789, qu'il donnait 29 livres de rentes annuelles aux pauvres de Montmorency.
Les grandes journées révolutionnaires de 1789 n'ont pas de répercussions à Montmorency, et ce n'est que le 18 mars 1790 que le conseil général de la commune s'organise.
L'assemblée chargée désormais de l'administration communale comprend :
MM. Révillon, maire, Jacques Courtalon et Etienne Lefol, officiers municipaux, Jean Picard, Jean-Baptiste Collet, Nicolas Masse, Jacques Drouin, François Perrin et Jacques Gombault, notables. Jérôme Vauthier est nommé officier de police le 3 avril 1790.
Le conseil général de la commune est entièrement dévoué aux idées révolutionnaires et la lettre ci-dessous, écrite le 25 avril 1790, en réponse à la demande, faite par la ville de Troyes, de participer à une confédération patriotique pour le maintien de la constitution le prouve :
" Messieurs, nous n'avons pu répondre à la lettre que vous nous avez fait l'honneur de nous écrire au sujet de votre délibération du 14 du mois dernier, elle ne nous est presque parvenue qu'au moment où nous avons eu connaissance du décret qu'elle a occasionné et nous avons vu avec plaisir que la crainte, dont vous nous faisiez part et dont nous étions pénétrés comme vous, paraissait heureusement dissipée… Nous sommes fâchés de ne pouvoir vous envoyer un député pour concerter de la confédération que vous nous proposez, mais elle existe dans nos cœurs et nous mettrons toujours le plus grand zèle et le plus grand empressement à défendre la Constitution que nous avons juré de maintenir de tout notre pouvoir.
" Signé : Revillon, Masse, Perrin, Lefol, Drouin, Collet, Gombault, Courtalon. "

C'est le 12 mai 1790 que la municipalité organise une garde nationale pour " prévenir les troubles que les circonstances peuvent faire naître et veiller à la tranquillité générale " et " donner ainsi des preuves de son patriotisme et de son zèle pour le soutien de la Constitution. "

La garde nationale est ainsi composée :
Colonel : Pargny
Lieutenant-colonel : Nicolas Jacquot.
Major : Jacques Gombault
Lieutenant porte-étendard : Jean-Baptiste Proquez.
Tambour : Jean-Baptiste Charuet
Puis deux compagnies sont formées. La première, qui comprend 18 hommes, est commandée par le capitaine Jean-Baptiste Ragon et par le lieutenant Paul Simon-Chatel, les sergents Jean-Baptiste Collet le jeune, et Louis Lefol. La deuxième compagnie est commandée par le capitaine Claude Laurent, le lieutenant Jean Lefèvre, les sergents Etienne Gallot et Pierre Blin, et comprenait 16 soldats. Le 25 mai 1790, la garde nationale fut dotée, par la commune, d'un drapeau et de cocardes.
La commune, sagement administrée par le citoyen Revillon, applique ponctuellement les décisions de l'Assemblée Nationale et la garde nationale, qui garde le village, n'est, en aucun cas, obligée d'intervenir. la Révolution violente de Paris se poursuit dans le calme à Montmorency.
Pourtant, un fait mérite d'être signalé :
Le 27 novembre 1790, l'Assemblée Nationale décide que les prêtres devront jurer fidélité à la constitution : le citoyen Baturier, curé de Montmorency, ci-devant Beaufort, fait publier le 2 février 1791, l'avis suivant :
" Je soussigné, prêtre, curé de Montmorency, déclare qu'en vertu d'un décret de l'Assemblée Nationale du 27 novembre, sanctionné par le Roy le 26 décembre 1790, concernant la prestation de serment civique de tous les ecclésiastiques, fonctionnaires publics, mon intention est de prêter serment dimanche prochain 6 du mois de février, à l'issue de la messe paroissiale, en l'église de ce lieu. "
Et le 6 février, en présence de Etienne Lefol, de François Perrin, de Jacques CourtaLon et de Jean-Baptiste Collet, M. Baturier monte en chaire, lève la main et jure solennellement de veiller avec soin sur les fidèles de la paroisse et de maintenir de tout son pouvoir la Constitution.
Un autre prêtre nommé Sevestre, domicilié en cette commune mais n'y exerçant pas, prête le même serment quelques mois plus tard .
1792 - L'Assemblée législative a déclaré la guerre à l'Autriche et les armées ennemies envahissent la France. L'Assemblée législative décrète que la patrie est en danger et fait appel aux volontaires qui désirent combattre dans les armées de la Révolution.
Le maire convoque immédiatement l'Assemblée générale de tous les habitants et, dans un appel enflammé, il demande aux jeunes gens solides et non indispensables à la vie du village d'aller combattre les ennemis de la Constitution
Les citoyens Lefol, Mathieu et Chatel s'engagent et partent pour l'armée, accompagnés jusqu'à Rosnay par un grand nombre d'habitants.
Mais la guerre dure. Contre toute l'Europe coalisée contre nous, les armées de la Révolution luttent victorieusement ; il faut que le patriotisme des paysans aide efficacement le patriotisme des soldats.
A Montmorency, les hommes extraient, de la côte située lieu dit " La Voie Creuse " et de la " Grande Perrière ", les pierres salpêtrées qu'ils transportent à Rosnay pour être lavées et pour fabriquer la poudre. Les femmes confectionnent et offrent à nos soldats des chemises, des bas. Collet, le cordonnier, envoie des souliers.
Mais bientôt la Révolution demande à nouveau des soldats et, en 1793,la Convention lève une armée de 300.000 hommes pour " abattre les tyrans ".
Montmorency fait un nouveau sacrifice :
Charles Cornet, Claude Ruert, Charles Courtalon, Etienne Lefol et six autres jeunes citoyens partent rejoindre l'Armée de Sambre et Meuse.
Les réquisitions sont nombreuses et la commune doit fournir d'importants contingents de blé , d'avoine et de seigle, des chevaux, des voitures.
Tous ces sacrifices, pour la liberté si durement acquise, sont faits par la majorité des habitants, sinon avec enthousiasme, mais du moins sans plaintes.
Il est à signaler que le citoyen Louis Ledoux refuse d'aider et, le 27 pluviose an III, il dit publiquement qu'il préfère tuer son cheval d'un coup de pistolet que de le donner en réquisition. Pourtant, il semble que c'est ce même Ledoux qui, le 4 ventose an IV, marie sa fille Théodorine Ledoux avec le général de division Bonnaud, qui fut divisionnaire sous Pichegru dans le Nord, sous Hoche en Vendée, et sous Jourdan à l'armée de Sambre et Meuse.

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7. L'empire et la Restauration


Pendant dix ans, Napoléon I°, empereur et maître absolu du pays, laisse la France en état de guerre, et jusque dans nos modestes villages ce ne sont que réquisitions et levées d'hommes continuelles. On sent, en compulsant les registres des délibérations du conseil municipal, que, malgré les serments répétés de fidélité à l'Empereur, le peuple, écrasé d'impôts et de réquisitions, en a assez de ce maître et souhaite ardemment un autre régime.
En 1814, c'est avec plaisir que les habitants de Montmorency acceptent Louis XVIII comme roi de France, et le conseil municipal adresse à celui-ci une longue lettre, d'où nous extrayons : " …c'est avec une joie inexprimable et même en formant des vœux à la divinité pour la conservation de la maison des Bourbons sur le trône de leurs illustres ayeux que humblement nous souhaitons la bienvenue à notre roi."(4)
Ce qui ne l'empêche pas, d'ailleurs, le 23 avril 1815, au retour de Napoléon I°, de jurer à nouveau fidélité à l'Empereur et de faire hisser le drapeau tricolore au sommet de l'église.
La guerre reprend, pour abattre celui qui a eu l'audace de rentrer en France; c'est l'invasion de la France par les armées étrangères. Un escadron de cavalerie bavaroise cantonne pendant 70 jours à Montmorency. La commune fournit le vin, la viande, le pain, le cuir et le fer. Dépense importante pour l'époque de 1.597 francs, et les communes avoisinantes sont obligées d'aider Montmorency à payer une telle somme. C'est qu'en effet la misère est grande dans la commune, la guerre continuelle a ruiné les habitants en hommes et en argent ; de plus, en 1816 et 1817, les récoltes furent médiocres et la disette se fit vivement sentir.
Cette époque de la Restauration est surtout, pour la commune, une période d'organisation, les maires successifs qui ont administré Montmorency réglementent la vaine pâture des oies, des moutons, des bêtes à cornes. Ils commence à délimiter les chemins ruraux et s'occupent activement du moulin de Rosnay qui, par son barrage, inonde la prairie et fait perdre à la population une grande partie de son revenu.

1828._ L'administration forestière interdit le rouissage du chanvre dans la Voire par mesure d'hygiène. Les habitants protestent contre cette décision et demandent que le chanvre soit roui à l'entrée de la pâture du Pré aux Coudes.

1829._ La commune fait don à l'école normale départementale d'une rente annuelle et perpétuelle léguée à la commune par Nicolas Jacquot, ancien président du grenier à sel.

1830._ La commune réorganise la garde nationale, commandée par Jean-Baptiste Gombault ; elle comprend 3 pelotons, 6 sections et, en tout, 104 hommes, dont 20 sont armés. Cette même année, le conseil municipal prête serment de fidélité au nouveau roi Louis-Philippe et se sépare au cri de " vive le Roi ! Vive la Liberté !" et paie, à la même date, la somme de 8 francs au sieur Bradier, demeurant à Chavanges, pour avoir converti " le drapeau blanc en drapeau tricolore. "

1831._ En 1831. Le roi Louis-Philippe 1° passe à Brienne ; en foule, la population va à sa rencontre ; la municipalité donne aux indigents 0 fr. 75 pour leur permettre de se rendre à Brienne, saluer le roi à son passage.
Le 27 décembre 1831, par ordonnance royale, Montmorency est désigné comme lieu de rendez vous du bataillon des gardes nationales des communes de Rosnay, Montmorency, Lentilles, Hampigny, Valentigny, Villeret, Yèvres Rances, Blignicourt et Courcelles. M. Paré François(5), demeurant à Yèvres, chef de bataillon, passe la revue de tous les gardes nationaux sur le terre-plein de la Côte du Cavalier, le 4 mars 1832. A cette prise d'armes, la municipalité de Montmorency dépensa 8 fr. 40 pour la fourniture de 7 litres d'eau-de-vie et 2 francs pour les musiciens de Chavanges, qui jouèrent pendant la cérémonie.

1833._ La commune fait l'acquisition d'une pompe à incendie moyennant la somme de 2.100 francs. Officier commandant la subdivision des sapeurs-pompiers : François Proquez; sous-officiers : Nicolas Gauthier et Napoléon Adeline.

(4) Registre des délibérations du conseil municipal.
(5) M.Nicolas Bezançon, d'Hampigny succède, en 1834, à M.Paré.

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8. Le second Empire


Louis-Napoléon Bonaparte, nommé président de la République le 10 décembre 1848, envisage le rétablissement de l'Empire.
Après le coup d'état du 2 décembre 1851, Louis-Napoléon Bonaparte propose au peuple les bases d'une nouvelle Constitution, avec un président responsable élu pour dix ans.
A Montmorency, le plébiscite a lieu sous la présidence de M. Bulard, maire. Sur 137 électeurs, 133 approuvent Louis-Napoléon Bonaparte, 4 seulement votent contre.
Mais en 1852, un senatus-consulte proposa au peuple le rétablissement de la dignité impériale dans la personne de Louis-Napoléon Bonaparte , avec hérédité dans sa descendance directe, légitime ou adoptive.
Le rétablissement de l'Empire est adopté à une très grande majorité et, dans notre commune, sur 135 électeurs, 134 votent pour le rétablissement de l'empire, 1 seul vote contre.
Le nouvel Empereur prit le nom de Napoléon III ; les membres du conseil municipal lui prêtent serment de fidélité et lui envoient la lettre suivante :

" A leurs Majestés l'Empereur et l'Impératrice des Français.


Sire, vous avez sauvé la France de l'anarchie et vous avez rétabli le trône impérial sur lequel l'illustre et puissant héros dont vous portez si glorieusement le nom s'est assis il y a un demi-siècle.
Ce n'est pas assez, vous avez compris qu'une compagne manquait à votre haute destinée, une compagne, disons-nous, qui pût partager vos plaisirs et vos espérances.
La Providence veille sur vous, sire, elle vous a guidé dans l'estimable choix que vous avez fait en vous donnant une épouse digne de vous.
Daignez donc agréer nos vœux pour le bonheur de votre union.
Quant à vous, auguste Impératrice, qui avez voulu couronner votre alliance et inaugurer votre règne par des actes généreux et sublimes, dont le peuple, la famille, enfin la maternité, vous en garderont un éternel souvenir : que vous êtes heureuse et généreuse Impératrice de posséder l'amour et le respect des français qui, glorieux d'appartenir à la plus belle, à la plus civilisée des nations, publieront avec un légitime orgueil qu'ils ont, pour souveraine, la plus sublime des femmes ."
Il est inutile de dire que cette pompeuse adresse ne fut signée que par six conseillers municipaux.
En 1867, nouvelle adresse à l'Empereur, à la suite d'un attentat dirigé contre l'Empereur de Russie :

" Les membres du conseil municipal de la commune de Montmorency.

A sa majesté Impériale.
Sire,

La nouvelle de l'odieux attentat dirigé contre l'Empereur de Russie, l'Hôte auguste de la France, a soulevé dans tous les cœurs un juste sentiment de douleur et d'indignation.
Le conseil municipal s'empresse d'exprimer à Votre Majesté sa douloureuse sympathie et le prie d'agréer l'hommage de son inaltérable dévouement à la dynastie impériale. "
(suivent 6 signatures).

Le 15 juillet 1870, l'Empereur Napoléon III déclare la guerre à l'Allemagne. Napoléon III engageait follement la lutte, sans l'avoir préparée, et sans avoir rien fait pour l'éviter.
Aussi nos armées vont-elles de désastres en désastres.
Les Prussiens arrivent à Montmorency le 25 août 1870, dévalant les côtes environnantes. Les habitants, apeurés, quittent vivement le village et se réfugient dans le bois de la " Fin Champ ", emmenant avec eux leurs bestiaux. Les Prussiens ne restent que le temps de se reposer et repartent rapidement vers Sedan, où s'écroulera l'Empire.
A leur passage, aucun méfait ne fut signalé; seule une vache, appartement à M. Pierre Toussaint, fut abattue pour les besoins de leur armée.
De toute la guerre, les Prussiens ne revinrent cantonner à Montmorency. Ce n'est qu'après l'armistice que leurs troupes occupèrent le pays, où elles vécurent, dans le calme, aux frais de la population.
Mais cette guerre devait coûter cher au peuple.
Le 14 décembre 1870, par ordre du roi de Prusse, le département de l'Aube doit verser un million de contribution de guerre, destiné à dédommager les propriétaires des bâtiments Allemands capturés par les flottes françaises et à secourir les Allemands qui ont été expulsés de France.
La quote-part de la commune est de 1.452 francs, à verser dans un délai de dix jours.
" Je regretterais fort, dit le Baron de Stein, d'être contraint à employer des mesures exécutoires par la force militaire, si la somme n'était pas versée. "
Devant cette mise en demeure, la municipalité décide un emprunt et émet un nombre suffisant de bons remboursables à volonté dans le délai de deux années, au taux de 5%.
Le 21 décembre 1870, Montmorency doit verser 430 francs à l'intendance militaire allemande, pour paiement de couverture de laine.
Le 13 janvier 1871, nouvelle contribution de guerre de 1.852 francs. La commune doit payer, en outre, 60 francs de bas de laine, 300 francs pour 15 paires de bottes.
Le 28 janvier 1871, elle doit verser 220 francs pour 11 paires de bottes, etc. Les réquisitions prussiennes se suivent et l'état de situation résultant de l'occupation se détaille ainsi :
1° Contribution de guerre : 8.370 francs.
2° Réquisition en nature : 1.425 fr. 50.
3° Garnison et séjours payés aux habitants : 1.850 francs.
4° Location d'un corps de garde : 15 francs.

Soit une lourde charge de plus de 11.000 francs.
Les réquisitions en nature comprenaient 300 doubles décalitres d'avoine, un cheval réquisitionné à Chatel Pie, une vache appartenant à Pierre Toussaint. Par la guerre de 1870, Montmorency, comme toute la France, était ruiné et perdait trois de ses habitants : Lugnier Pierre, Barbolain Ernest, Chatel Emile.

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9. La troisième République


Jusqu'en 1914, comme les peuples heureux, Montmorency n'a pas d'histoire. Dans la paix, dans le travail rude de culture la vie se poursuit, monotone et calme.
Nous ne voulons pas, ici, relater la guerre de 1914-1918, encore trop présente dans toutes les mémoires .qu'il nous suffise de rappeler que , gravés dans la pierre et dans nos cœurs, les noms de : Simonin Albert, Buffet Ernest, Constant Léandre, Corby Jean, Cousu Victor, Doré Henri, Pintat Alexis, Romand Louis, Fenard Elisée, Boudelot Georges, Touttin Henri, rappellent leur sacrifice.

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10. L'école


Une école existe, à Montmorency, depuis 1730 ; M. Picard Joseph en est le premier maître, puis sont nommés instituteurs à Montmorency : MM. Proquez Pierre (1756 à 1797) ; Caillat Pierre (1797 à 1802) ; Petiot Nicolas (1802 à 1804) ; Verjat François (1804 à 1835 ) Denizet Claude (1835 à 1866) ; Févre (1866 à 1867) ; Collot Alphonse(1867 à 1882) ; Paris Ernest (1882 à 1904) ;Vve Mathey (1905 à 1913) ; Jeanne Charpin (1913 à 1919) ; Bouchalin Abel (1919 à 1924) ; Brandon Paul, Instituteur actuel.
Parmi ces instituteurs, il faut citer le sieur Verjat, médecin et chirurgien; il a opéré des cures dignes de mémoire et le succès qu'il a obtenu au cours des différentes épidémies, de 1804 à 1815, ont laissé dans l'esprit des habitants d'impérissables souvenirs.
Avant 1838, la commune ne possédait pas de maison d'école, l'instituteur était chargé d'y pourvoir à ses frais. En 1838, en vertu d'une ordonnance royale du 28 février 1837, la commune de Montmorency acheta une maison aux héritier Adeline. Mais l'autorité locale n'avait pas pris en considération certains motifs qui la rendaient insalubre : ancien entrepôt du grenier à sel, une humidité malsaine et persistante la rendait impropre à être une école convenable et, par arrêté en date du 29 novembre 1855, M . le Préfet de L'Aube interdit l'emploi de cette maison et la commune est mise en demeure de se pourvoir Immédiatement d'un nouveau bâtiment.
La maison d'école actuelle date de 1858 Construite entièrement aux frais de la commune, elle a coûté 18.000 francs, somme que la municipalité s'est procurée en vendant un pré de 33 hectares, situé à Lentilles, et connu sous le nom du Ham. A ce sujet, la décision de l'administration locale de l'époque fut vivement critiquée. Pourtant, il est juste d'ajouter qu'un référendum fait auprès de tous les habitants donna les résultats suivants : pour la vente du Ham, 135 voix ; contre la vente, 57 voix. L'effectif scolaire était, de 1730 à 1790, de 60 élèves environ des deux sexes ; en 1800, de 90 ; en 1820, de 80 ; en 1840, de 75 ; en 1870, de 40 ; en 1931, de 28. Diminution qui provient de la dépopulation du village, puisque, de 495 à 500 habitants de 1730 à 1850, la commune ne compte plus que 200 habitants.

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11. La Voire


Le finage de Montmorency est traversé par la rivière de Voire.
La Voire, affluent de l'Aube, prend sa source à Sommevoire (Haute-Marne) et, après avoir traversé une magnifique prairie, se jette dans l'Aube à Chalette.
De tous temps, la Voire, par suite de ses inondations, à été un sujet de soucis pour les habitants.
C'est qu'en effet, la Voire, recevant de nombreux petits ruisseaux, tributaire de l'Etang de la Horre, a un lit peu profond. Ses inondations détruisent très souvent les récoltes des prés, revenu important pour les habitants de la commune.
MM. Mérendet, Derisson et Persin, ont relaté dans un ouvrage tous les efforts faits par les communes riveraines pour éviter ou tout au moins atténuer ces inondations.
Le travail le plus ancien qui ait laissé des traces est le canal dit du Duc de Montmorency. Le 21 août 1556, François de Cléves, duc de Nivernais, céda aux habitants d'Hampigny, Beaufort, Villeret et Lentilles, la prairie du Ham, sous conditions de redevances annuelles. Mais les habitants de Beaufort et des communes voisines refusaient souvent de payer les redevances dues, prétextant que la prairie était sujette à de fréquents débordements. C'est alors qu'en 1690, pour éviter ces inondations, le Duc de Montmorency-Luxembourg fit creuser un canal. En 1765, ce canal est prolongé par le canal de Bange. Mais ce dernier canal ne put être terminé par suite de l'opposition des religieux Minimes de Villiers, qui décidèrent qu'aucun travail ne serait fait sur leurs propriétés.
En 1751, les habitants de Montmorency intentèrent un procès à Berbier de Metz, comte de Rosnay, propriétaire du moulin de Rosnay, prétextant que la retenue importante d'eau faite par le barrage du moulin inondait toute la prairie.
Après un procès qui dura sept ans, le comte du Metz fut condamné à payer aux propriétaires de prés des communes de Montmorency, Blignicourt, Rances, Villeret, Hampigny et Lentilles, 20.641 livres de dommages-intérêts. En outre, il eut à payer 6.200 livres pour frais de procès et il fut obligé d'abaisser de 25 pouces les retenues de son moulin.
De nouveaux procès furent intentés en 1776 en 1801, en 1831.
Le 29 décembre 1842, M. le Préfet de l'Aube nomme la première Commission syndicale chargée de procéder aux études relatives à l'amélioration du régime de la Voire. Les efforts de cette commission furent stériles et, le 1er novembre 1853, une nouvelle Commission fut nommée, dont les résultats ne furent pas meilleurs. Ce n'est que le 27 juillet 1892 qu'une nouvelle commission aborda énergiquement la question du curage de la Voire et la fit aboutir. Les travaux de curage furent terminés le 27 juillet 1901, à la satisfaction de la majorité des propriétaires de prés.
Ce travail important, qui date de plus de 30 ans, a besoin d'être refait, et la
mission syndicale actuelle s'y emploie activement.

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12. Appendice


12.1. Liste des prêtres qui ont exercé à Montmorency(6)

1573 - Ragon.
1608 - Brajeux.
1612 - Lemoyne.
1629 - Frissard.
1633 - La Muette.
1668 - Gonthier.
1670 - de Charmaison.
1680 - Guyon.
1710 - Gauthier.
1717 - Crespin.
1753 - Lefébure.
1763 - Mony Charles.
1790 - Baturier.
1803 - Gouot.
1820 - Brémont.
1881 - Pesme.
1886 - Gombault.
1891 - Pesme.
1928 - Chaumont.

(6) Nous n'avons pu trouver, sur l'église, aucun renseignement précis. Elle fut construite au XI° siècle mais restaurée en grande partie au XIX° siècle. La flèche du clocher, haute de vingt mètres, fut démolie par la foudre et refaite en 1924. Quelques statues et vitraux classés comme monuments historiques.


12.2. Liste des anciens maires depuis la création de la municipalité


1790 - Révillon.
1792 - Courtalon.
1793 - Lefèvre Jean.
1794 - Vautier Pierre.
1795 - Lefol Louis-Eloi.
1800 - Bonescuelle-Surmont.
1804 - Gombault Jacques.
1813 - Laurent Jean-Baptiste.
1817 - Proquez Alexandre.
1826 - Bonnescuelle-Duplessis(7).
1831 - Gombault Jean-Baptiste.
1841 - Cuvelez Pierre.
1844 - Vauthier Nicolas.
1848 - Gravelle François.
1849 - Bulard Nicolas.
1852 - Gravelle François.
1853 - Perrin François.
1860 - Jacobé d'Arrenbécourt.
1868 - Perrin Jacques-François.
1870 - Jacobé d'Arrembécourt.
1890 - Perrin-Champagne.
1908 - Gallot Emille.
1912 - Perrin-Doré François.
1929 - Guerry Alphonse.

(7) M. Bonnescuelle-Duplessis (Yves) mourut subitement à Bar-sur-Aube, au sortir d'une audience où il venait de soutenir un procès de la commune contre le propriétaire du moulin de Rosnay, dont l'élévation des vannes occasionnait l'inondation, par la Voire, de 4.000 fauchées de pré.


12.3. Redevances Payées au Moyen-Age au seigneur de Beaufort

Les hommes de la rue dite de l'Aumône devaient suivre le seigneur dans les guerres privées et dans les guerres d'intérêt public, secourir le château et en réparer les murailles (1366).

Droits de coutume.- Il était dû 3 deniers pour les hommes et 2 deniers pour les femmes.

Corvées.- Les laboureurs donnaient 7 setiers(8), moitié froment, moitié avoine, et 16 livres en deniers(9).

Droit de terrage.- La châtellenie de Beaufort donnait au seigneur 14 muids ½ de froment et 19 muids ½ d'avoine.

Droit de moulin banal. -- Le moulin de Tilleul payait 3 setiers d'avoine.

(8) Setier : ancienne mesure qui valait environ 8 litres.
(9) Denier : douzième partie d'un sou.


12.4. Transaction entre M . le Duc de Nivernais et les habitants et manants de Beaufort, Lentilles, Villeret, Morcey, Hamtel et Surmont (21 AOUT 1556)


De cette longue transaction, nous extrayons ce qui suit :
" …les Habitants et Manants(10) de Beaufort, Lentilles, Villeret, Morcey, Hamtel et Surmont, auront les pièces ci-après, à savoir : 1° deux pièces de pâturages appelées le grand et le petit Ham, assise au finage de Lentilles... 2°Le paquis de la vigne l'Empéchières. 3°Les Vacheries. 4°Le Marchat. 5°Les Gélinières. 6° Le paquis aux Planches. 7° Le paquis de la Chaussée. 8° Le paquis aux Loups. 9° Le paquis des Moutattes. 10° Le paquis de la Guerle l'Illon. 11° Le fourneau de l'Illon la Marchande. 12° Le paquis près la Maladière de Beaufort. 13° Le paquis dans le vieil Etang 14° L'Illon de Bourquemont. 15° L'Illon de la Saulx d'usage. 16° Les Illons de Villiers. 17° Les Fins Champs l'Illon près le faux vannage. 18° Les Illons près le moulin de Tilleux. 19° L'Illon du vivier. 20° Les Illons et les pâtures d'Auberives. 21° Le paquis d'entre deux ponts. 22° Les Illons près de Breuil. 23° Les Fourrières du Ban. 24° Les paquis de la Tire Noue. 25° Les paquis de la Chaussée aux Roux et des Touches. 26° Les Illons étant en marais … "
" …pour jouir et user dorénavant par les dits habitants de Hampigny, Beaufort, Villeret Lentilles, Morcey, Surmont et Hamtel aux Planches en tout droit d'usage et pâturage pour y mener en tous temps, heures et saisons toutes leurs bêtes, tant chevaux, juments, bœufs, vaches, porcs, qu'autres bêtes, avec le droit de pâturage en tous temps, en tous les bois et forêts des dits Beaufort, tant de çà qu'au-delà de la Horre …"
" … plus auront les dits habitants droit de pêcherie dedans les rivières des Voires et Laynes, noues et ruisseaux d'icelles, dès et depuis le lieu dit la Saule d'usage, étant au coin du pré Pissot, jusqu'au moulin joignant l'abbaye de Boulancourt, les murailles et fermetures de cette abbaye et jusqu'aux relais et chaussée de la Horre …"
" …outre pourront les dits habitants aller avec une nacelle sur les dites rivières, noues et ruisseaux toutes et quantes fois que bon leur semblera pour la cueillette et charroi de leurs herbages… pourront, les dits habitants, roiser leurs lins et chanvres tant mâles que femelles dès et depuis la mi-août jusqu'à la mi-septembre… "
" …auront aussi droit d'usage et pouvoir de prendre et cueillir les fruits tant pommes que poires et noies, que autre venant exercées sur les arbres étant ès-dits paquis , chemins voyeux des dits lieux et finages…et si leur sera loisible et permis pour leur commodité et affaires, et tant en général qu'en particulier pour leurs bâtiments et autres nécessités, prendre et charrier de la pierre de craie en et au dedans les grandes et petites perrières du dit Beaufort, sans toutefois qu'ils en puissent mesurer et abuser, ni en vendre à autrui… et seront et demeureront les dits manants et habitants francs quittes et déchargés et exemptés à toujours eux et leurs successeurs du dit droit et redevance d'accensie(11) lequel, en se faisant demeure entièrement aboli et annulé… "
" …Et moyennant les choses dessus dites, tous les dits habitants et manants et leurs successeurs seront tenus payer et bailler par chaque an perpétuellement aux comtes du dit Beaufort et à sa recette du dit lieu de Beaufort à savoir :
" Chacun feu et chef d'hôtel pour une charrue entière et labourant leurs terres ou les terres d'autrui la somme de douze sols tournois, et ceux qui n'ont terre et labourant que demie charrue, huit sols tournois et ceux qui sont de métier et ont maison et acoin, labourant moins que demie charrue six sols tournois ; ceux qui ont bêtes et ne font aucun labour par leur mains et chevaux à eux quatre sols tournois ; et ceux qui n'ont terre ni bêtes, qui vivent à leurs bras seulement deux sols six deniers tournois ; et les pauvres hommes et femmes veufs douze deniers tournois. Les dites sommes payables… à deux termes et paiement par égale portion, assavoir Saint-Remy, chef d'octobre la moitié et au jour de Quasimodo suivant l'autre moitié… "
Mais il est à croire que les communes intéressées éprouvaient des difficultés dans cette jouissance en commun, car le 28 décembre 1845, par ordonnance de Louis-Philippe Ier toutes les propriétés faisait partie de la transaction ci-dessus sont partagées entre les différentes communes. La commune de Montmorency reçoit en partage 92 ha.19 a. de prés et terres, évalués, à cette époque, 82.538 francs environ(12).

(10) Le mot manant n'était pas pris dans le sens d'une injure mais désignait les sujets du seigneur émanant du pays y demeurant.
(11) Droit de cencives : redevance payée à perpétuité sur seigneur. Les habitants de Beaufort ayant bêtes trayant, étaient redevables, pour acquitter ce droit, de 4 boisseaux de froment, 6 boisseaux d'avoine deux sols six deniers tournois et de deux poulets. Le tout payable à la Saint-Remy de chaque année.
(12) La commune de Longeville (Haute-Marne) recevait en partage 87ha.77a. estimés 79000 francs. La commune de Puellemontier (hameau de Hamtel), 30ha. 98 estimés 30.000 francs. Celle de Lentilles, 82ha.70 estimés 72.350 francs. Celle de Villeret, 30ha. 62 estimés 26.800 francs. Celle de Hampigny, 78ha. 99 estimés 71.116 francs.


12.5. Personnages célèbres nés ou ayant habité Montmorency de 1657 à 1793
.(13)


DESCHAMPS (François-Michel-Chrétien), auteur dramatique, né à Montmorency en 1683, mort à Paris le 10 novembre 1747. Fils d'un gentilhomme ancien capitaine de cavalerie. Il eut pour parrain le ministre Louvois. Il fit représenter au théâtre français, le 25 janvier 1715, une tragédie en 5 actes, ayant pour titre : Canton d'Utique. (d'après E.Soccard, Biographie des personnages de Troyes et du département de l'Aube, 1882).
DELALAIN (Nicolas), procureur du roi au Grenier à sel (1657).
LEMOINE (Jacques), procureur fiscal au duché de Beaufort (1661).
CHARUET (Noël), docteur en médecine à Beaufort (1671).
SALIGNY ( DE) (Jean-Baptiste), avocat au parlement et lieutenant particulier au bailliage de Beaufort (1671).
DE LA MARCHE (Henry), président au grenier à sel (1678)
LEFEVRE (Jean), contrôleur au grenier à sel et notaire au bailliage de Beaufort (1682).
MAURY (Henry), lieutenant général au comté de Rosnay et lieutenant particulier au duché de Beaufort. Inhumé dans le chœur de l'église de Beaufort, en 1729.
DESBEUX (Jean), gruyer au grenier à sel (1704)
GILLES LE FONDEUR, conseiller du roi au grenier à sel de Montmorency (1706).
LALAIN (DE) (Ambroise), maître chirurgien à Montmorency (1706)
SANDRAS (Thomas), chirurgien à Montmorency (1707).
MARTIN (Noël), lieutenant général au duché de Montmorency (1711).
LESEURRE (Pierre), notaire au duché de Montmorency (1726).
MARRAY (DU), conseiller du roi et receveur au grenier à sel (1740).
LEU (Jean - Bernard ), prêtre, docteur en Sorbonne, prieur du prieuré de Villiers (Montmorency) (1754).
JACOBE DE VIENNE (Gilles- Joseph), avocat au Parlement, bailli et lieutenant du duché de Montmorency (1762).
JACOBE (Charles-Louis), gendarme de la Reine (1764).
DENIZET (Jean), notaire au duché de Montmorency (1770).
JACQUOT (Nicolas), conseiller du roi, président du grenier à sel (1772).
CAUZON, ingénieur de Monseigneur le Duc de Montmorency (1787).
MONTIGNEUL (Antoine), avocat au Parlement, notaire au bailliage et duché de Montmorency (1787).
TOUSSAINT (Pierre-Jean), recteur d'école à Courcelles (1791).
ADELINE (Charles-Nicolas), procureur de Montmorency (1793).

(13) D'après les registres de l'Etat-civil.

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Montmorency, le 10 mai 1932.